L'histoire du Ponant qui a inspiré l'intrigue de l'album " Infortune de mer"

Posté par Gilles Arnoult le 19/02/2010

Le Ponant victime d'un acte de piraterie


Le 4 avril 2008, le Ponant revient d'une croisière aux Seychelles. Il fait route vers la Méditerranée pour une nouvelle croisière, prévue du 21 au 22 avril entre l'Égypte et Malte. Il est pris d'assaut à l'entrée du golfe d'Aden par une douzaine de pirates somaliens équipés de fusils AK-47 et de lance-roquettes RPG-7 à bord de deux embarcations rapides. Sur le voilier se trouvent 30 personnes officiellement membres d'équipage dont 22 de nationalité française. Ils tentent dans un premier temps de résister grâce à l'emploi de lances d'incendie mais se rendent après que les pirates ont fait usage de leurs armes. Le commandant du Ponant a le temps de diffuser un message d'alerte de sûreté avant que le navire ne soit maîtrisé par les pirates. Le message est réceptionné par le Var, navire de la marine française qui patrouille dans la zone. Un navire des Forces canadiennes de la Combined Task Force-150 engagé dans la guerre contre le terrorisme, le HMCS Charlottetown, dépêche un hélicoptère qui confirme l'attaque. Le Premier ministre français François Fillon déclenche l'alerte « Pirate-Mer » et l'aviso Commandant Bouan faisant aussi partie de la TF150 et qui navigue à quelques centaines de milles du Ponant est dérouté sur zone et restera à proximité du bateau durant tout le déroulement des opérations. Aucune rançon n'est exigée à ce moment et le voilier fait route vers le sud dans l'océan Indien le long de la côte somalienne.
Le Puntland, État de facto indépendant au large duquel les pirates ont mouillé le Ponant.

Le 6 avril 2008, une réunion de crise se tient à l'Élysée avec le Président de la République, le Premier Ministre, le Ministre des Affaires Etrangères, le chef d'État-major et un représentant du ministre de la Défense Hervé Morin. Le Commandant Bouan ne disposant pas de capacité d'intervention, décision est prise d'envoyer des renforts, un Transall parti de Djibouti parachute 18 commandos marins qui sont récupérés à bord de l'aviso. L'amiral Marin Gillier des commandos de marine ainsi que le colonel Denis Favier qui dirige le GIGN sont largués en mer et commandent les opérations depuis le navire Var. La frégate Jean Bart transportant d'autres commandos et le porte-hélicoptères Jeanne d'Arc, bâtiment qui navigue alors entre Madagascar et Djibouti dans le cadre de la campagne d'application des officiers de marine et est équipé d'un hôpital de campagne convergent vers le Ponant qui s'est immobilisé le 7 avril 2008 à 850 kilomètres au sud de l'endroit où il a été détourné, le long des côtes du Puntland, une région somalienne de facto indépendante, à un mille marin du village côtier de Garaad. Ce même jour, une équipe du GIGN est envoyée à Djibouti afin d'envisager divers scénarios (négociations, intervention...).

Des négociations ont été entamées dès le 6 avril entre l'armateur et les preneurs d'otages ; l'armateur - la société CMA-CGM - a installé une cellule de crise à Marseille et est conseillé par le GIGN. Les familles des 22 otages français sont reçues à l'Élysée par Nicolas Sarkozy. La situation semble toujours très tendue avec les pirates, l'équipe du GIGN est prête à intervenir. Dans le même temps l'armée française découvre l'identité des pirates : les « Somali Marines », l’un des groupes de pirates locaux les plus puissants.

Le 11 avril 2008 a lieu la libération des otages. L'armateur aurait accepté le versement d'une rançon de l'ordre de 2 millions de dollars US. Ce sont des membres du GIGN qui procèdent à la remise de l'argent aux pirates au cours d'une opération nommée Thalathine (qui signifie 'trente' en Somali, comme le nombre d'otages). La transaction s'effectue en pleine mer entre trois membres du GIGN et trois pirates. L'équipage est ensuite autorisé à quitter le Ponant à bord des embarcations de secours du navire. Après avoir fini de recompter l'argent, l'essentiel des pirates quittent le bateau et, enfin, Patrick Marchesseau, le capitaine du Ponant, est libéré et saute en mer où il est récupéré par les forces françaises. Les pirates ont profité de ce répit pour rejoindre la côte somalienne et se sont divisés en plusieurs groupes.

Un Breguet Atlantic français équipé de moyens de reconnaissance sophistiqués a repéré l'un des 4x4 des pirates en fuite à environ dix kilomètres au nord de Garaad. Quatre hélicoptères opérant depuis la Jeanne d'Arc se lancent à sa poursuite, environ une heure après la libération des otages. Un tireur d'élite équipé d'un fusil McMillan TAC-50 et posté à la portière d'un hélicoptère Gazelle parvient à stopper le véhicule grâce à un tir dans le moteur. Immédiatement, les trois autres hélicoptères, deux Alouette III et un Panther se posent et des membres des Commando marine appréhendent six pirates et récupèrent une partie de la rançon. Un seul des pirates est légèrement blessé par un éclat du moteur. L'opération s'est déroulée avec l'accord du gouvernement somalien.

Les otages transférés sur la Jeanne d'Arc ont ensuite été héliportés vers Djibouti et finalement rapatriés en France le 14 avril 2008 tandis que les six pirates capturés, transférés sur le Jean Bart devraient être jugés par la justice française qui a ouvert une enquête judiciaire.

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